
En 1984, le Père Tardif était mondialement connu. Il réunissait les foules au nom de Jésus, faisait revivre avec foi ces passages des Évangiles de St Luc et de St Marc qui soutendaient sa démarche.
Luc [VII,21-22]
« À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir. Puis il répondit aux envoyés : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »
Marc [VII,24-31]
« En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. »
Passages à lire en parallèle avec le texte bien plus ancien en
Isaïe 29,18 :
« En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre ; Et, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, Les yeux des aveugles verront. »
Tous les frères de la Communauté le connaissaient, ayant été bouleversés un jour ou l’autre par ces « paroles de Science », ou « de connaissance » qui semblaient effectuer d’elles-mêmes ce qu’elles annonçaient.
Ce jour-là, en l’Église de la Madeleine à Aix[1], une foule inhabituelle avait pris part à l’Eucharistie, et attendait avec une confiance mitigée, sans doute, les « paroles de Science » du Père Tardif. Ce fut, je crois, son seul passage dans cette ville.
De son ton un peu monocorde, le père annonçait les guérisons que Jésus était en train d’opérer dans l’Assemblée. Au début, quelques « alléluia », « merci Seigneur », « rentrez chez vous, témoignez que Jésus est vivant » ; plus avant, ces louanges, ces exhortations devenaient plus nombreuses et fortes.
Sourds, paralysés, cancéreux, ceux qui pouvaient se faire connaître et ceux pour qui c’était trop tôt, aucun ne dansait de joie. Il régnait dans cette église, à l’annonce de ces paroles inhabituelles comme une sorte de fascination, mais de fascination familière. Parce que ce prêtre était bon, et que toutes ces explications résonnaient comme le véritable évangile de Jésus.
Pour ma part, j’écoutais pieusement. Je ne véhiculais pas de maladie physique ; je me réjouissais vraiment de tout ce qui arrivait à mes voisins – bien sûr, ma joie aurait été plus grande et ma foi de même si j’avais pu constater, voir ce qui était annoncé. Ce n’était pas le scepticisme de St Thomas, mais enfin ! la sensibilité a ses impératifs.
Pas malade certes, physiquement. Mais intérieurement rongée par une obsession d’origine médicale qui ne me quittait jamais. J’avais 38 ans, j’étais enceinte, et un médecin m’avait largement exhortée à faire une amniocentèse, « au cas où, à votre âge, les risques étant supérieurs de porter un enfant qui…etc ». J’avais réagi assez vivement, informant mon interlocuteur que si nous avions accepté 5 enfants, ce n’était pas pour faire disparaître le 6e. Mais on est plus fragile à près de 40 ans qu’à 20 ans ; certes, j’avais « bien répondu » selon nos valeurs familiales – Mais l’inquiétude s’était installée en moi. Les trois premiers mois de grossesse étaient toujours pour moi source de ralentissement physique, intellectuel, psychique. Terrain tout à fait propice aux idées vagues, ou répétitives, ou maussades. Et là, c’était l’obsession d’avoir un enfant handicapé, obsession assortie de tout ce qui pourrait alors déstabiliser nos enfants, notre couple, un métier qu’à ce moment-là je ne pensais pas du tout abandonner.
Quelques frères très proches étaient au courant de ce que je vivais, au quotidien, sans jamais penser que je sortirais de là.
Il y eut alors une « parole de science » du Père Tardif qui ne sonna pas pour moi comme les autres.

« Il y a dans l’assemblée, des mères de famille qui sont enceintes. Le début de leur grossesse a été difficile ; elles ont eu des problèmes délicats avec leur grossesse ; elles avaient peur de perdre leur enfant. Ayez la certitude que vos enfants vont naître en santé. L’une d’elles a eu des hémorragies qui vont s’arrêter. Allez témoigner dans votre foyer de cette guérison. »
Dès ce moment, sans rien sentir du tout, je me demandais si moi aussi j’étais concernée …Et qui venait me débusquer, derrière les rangées de musiciens, en sachant que cette parole était à partager avec d’autres femmes dont je ne saurais jamais rien, et qu’elle mettrait étrangement un terme à d’obscurs phénomènes psychiques ? Un des frères que j’aimais bien est venu me dire « cela ne serait pas pour toi ? » – « je ne sais pas, peut-être ! » …Ce fut vraiment pour moi.
Bref, chez moi l’obsession disparut pour ne plus jamais revenir. Amen !
Je sus dès le lendemain que le Seigneur était passé. Pas une seconde je n’ai pensé être victime d’une suggestion ou d’un phénomène purement subjectif. Il fallait se rallier à la doctrine du Père Emiliano : Jésus aujourd’hui guérit son peuple pour faire grandir la foi en sa puissance. La guérison n’est pas pour l’individu seul, mais pour que soit manifestée la gloire de Dieu. Voilà sans doute la leçon théologique dans toute son ampleur ; mais ce qui interpelle la personne touchée, c’est ce détail (guérison d’un œil, de l’oreille, d’une paralysie), cette toute petite chose aux yeux d’un Dieu Infini, qu’Il connait dans une proximité que l’on ne saurait imaginer. Il est bien le maître de l’intériorité !
Qui est Celui à qui les flots de la mer obéissent ; Celui qui connaît notre cœur davantage que nous-mêmes, qui donne parfois des signes visibles, parfois incognito, qui se cache un temps et des temps, pour reparaître sans prévenir aux carrefours de nos vies ?
A. R.
[1] Église La Madeleine – Aix-en-Provence 27-09-84 « L’Évangile est vrai »
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