La poésie du Royaume

Saint Jean de la Croix attire aujourd’hui les lecteurs pour deux raisons essentielles : depuis la fin du XIXe siècle, il présente aux psychologues rationalistes une énigme irritante. D’où viennent, interrogent-ils ces connaissances intérieures données à l’âme, indépendamment des sens ou du raisonnement ? Et si l’on invoque le terme de « mystique », ne plonge-t-on pas dans les méandres de la psychopathologie, voire de la psychiatrie ?
A ce jour, le terme de mystique est tellement galvaudé, incompris, qu’il est peu à peu abandonné. La curiosité se déplacera du côté de Sainte Thérèse d’Avila… comme d’ailleurs le souhaitait Jean de la Croix lui-même, « son petit Sénèque », petit par la taille mais très grand aux yeux de Dieu.
Saint Jean de la Croix est un saint peu connu, du moins en France, en dehors de quelques Centres d’Etudes qui lui sont consacrés, et bien sûr du Carmel dont il est une des trois grandes figures, avec Sainte Thérèse d’Avila et la petite Thérèse de Lisieux. Il n’a pas l’aura de la première qu’il connut pendant de longues années dans divers monastères espagnols. La « grande Thérèse » était douée d’une personnalité vive, accessible, entraînante. On lui doit de nombreux ouvrages autobiographiques relativement faciles à lire. On ne saurait non plus le comparer à Sainte Thérèse de Lisieux, « la plus grande sainte des temps modernes », universellement honorée et aimée.
On ignore en général que celle-ci se nourrit durant toutes ses premières années de noviciat justement des écrits sanjuanistes, sous forme de fragments, à défaut d’une traduction plus tardive de l’ensemble de l’œuvre.
Jean de la Croix, par contraste, resta le plus longtemps possible un religieux amoureux de solitude et de contemplation ; lorsqu’une tâche ne l’accaparait pas, il rédigeait des conseils à l’usage de ses dirigées, conseils restés comme Paroles de Lumière et d’Amour ; élaborait une théologie originale qui l’éleva au grade prestigieux de Docteur de l’Eglise ; et il portait discrètement sur lui une liasse de billets réunissant, année après année, des poèmes qui ont traversé les siècles sans prendre une ride.
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Voir aussi « Du Cantique des Cantiques au Cantique spirituel«











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