UN BLASON, UNE DEVISE, UNE CROIX

Dans les heures qui suivirent son élection commencèrent à s’immiscer dans tel ou tel média des déclarations chaleureuses, inspirantes, étonnantes prétendument écrites par le nouveau pape. Certes, il y avait de l’émotion, voire une certaine tendresse. Nous nous apprêtions à diffuser ces « nouvelles » lorsqu’elles furent dénoncées comme autant de fake news.
Dès le commencement les articles ont posé problème ; l’authenticité des annonces mise en doute. Nous avons entendu un homme parler, mais le reste peut être mis en question. Ainsi de la croix pectorale dont le contenu « augustinien » n’est pas vérifiable. Cette croix, tel un médaillon, enfermerait dit-on l’image familière de Saint Augustin et de sa mère Monique, devenue sainte dans le sillage de son fils. Les larmes de Monique suppliant Dieu de convertir Augustin sont légendaires. Y aurait-il une émotion cachée, autorisée, spécifique, au cœur de la spiritualité de Léon XIV ? Nul ne semble l’affirmer, l’interrogation demeure.
Par contre le blason du nouveau pape est sans équivoque ; sa lecture est aisée.

- A droite, le symbole du cœur brûlant, du cœur de feu, si fréquemment représenté par les peintres les plus célèbres de l’Evêque d’Hippone, tel Philippe de Champaigne, docteur de l’amour pour des siècles d’images et de peintures. Sous le cœur, une Bible, significative de l’inspiration constante d’Augustin – également présente dans les archives du Cardinal Prevost, bibliste et juriste tout à la fois.
- A gauche, un lys blanc sur fond bleu symbolise la pureté de la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise que la foule réunie le 8 mai place Saint Pierre sera invitée à prier.
La devise figurant en bas des armoiries papales est, aujourd’hui, comme hier, le défi lancé aux esprits chagrins, détracteurs d’une Eglise catholique rebelle à leurs critiques. Une religion en perte de vitesse, jugée sévèrement comme un îlot à éviter par les sages et les puissants ; une poussière de croyances dispersées à tout vent.
IN ILLO UNO UNUM
« En Celui qui est Un, soyons un »
Rassembler le troupeau autour d’un unique pasteur – ou Dieu UN – c’est sans doute le pari à tenir d’un pontificat en train de se définir. Que la paix, don de Dieu et du travail des hommes, règne dans un peuple capable d’en faire un tremplin pour l’unique Sauveur. Sous des modalités différentes, on ne peut s’empêcher d’évoquer les longs passages de la Cité de Dieu : la critique des multiples dieux impuissants du paganisme, incapables de se rassembler en un Unique Dieu – Celui de Jésus-Christ. Dieu, pour Augustin , est d’abord l’unité parfaite de relations d’Amour entre les personnes. Léon XIV nous invite tous à vivre de cette relation, en se gardant des ruptures, des manquements qui menacent la barque de Pierre avançant dans la nuit. Chacun contribuera à faire briller la lumière de sa foi.
Aucune personnalité ne s’épuise dans l’évocation de ses racines intellectuelles, morales ou matérielles. Léon XIV de sa propre voix a fait plus qu’allusion à son rattachement à St Augustin. Très rapidement, journalistes spécialisés, habitués de l’histoire des papes, de la Curie romaine, du statut de tel ou tel homme d’Eglise, ont contribué eux aussi, à faire émerger les marques moins visibles du nouveau pape. Il suffisait de rapprocher Hippone et Rome pour saisir combien Léon XIV était vraiment engagé dans l’ordre des Augustins.
Sa grande thèse portait sur le rôle du supérieur dans cet Ordre : tout pour être gardien de ses frères, dans une règle articulée autour de l’humilité, de la pauvreté, de l’intériorité. Parmi ses multiples compétences, le nouveau pape fut aussi professeur de Droit canon, régissant l’Eglise sur le plan juridique.
Un point commun encore avec Augustin, amené à rendre la justice dans les affaires courantes , mais aussi à discerner dans le flux multiple des théories de son temps (donatisme, manichéisme, orphisme) ce qui était compatible avec la foi de l’Eglise, et ce qui ne l’était pas.
Il est à parier qu’au fil du temps, des cérémonies, des allocutions, des Encycliques, les Catholiques retrouveront les traits de cette personnalité et les grandes orientations que nous venons d’évoquer.
8 mai – 18 mai 2025
Annick Rousseau

Laisser un commentaire