-
Du Cantique des Cantiques au Cantique Spirituel de Saint Jean de la Croix
Le propos que nous présentons, avec une certaine appréhension, tant est grande la distance qui sépare le célèbre Cantique des Cantiques du chant mystique de Saint Jean de la Croix, ce propos se veut une lecture comparée des deux textes beaucoup plus qu’une interprétation ou un commentaire très précis qui aurait exigé des heures de labeur et des heures surtout d’exposition.

Pour commencer nous rappellerons les grandes lignes parfois oubliées du Cantique des cantiques, cette belle histoire d’amour, qui rarement enchante la liturgie de nos cérémonies, parfois. La Bien-aimée, fiancée toute pure, comme le Bien-aimé, amant passionné, de toutes façons ne cesseront jamais de fasciner les lecteurs de la Bible. Si le Cantique spirituel de Saint Jean de la Croix est bien moins connu, il est vrai de dire qu’il appartient à l’ensemble d’une œuvre théologique, mystique bien sûr, difficilement abordable.

Il est vrai également de dire qu’avec la métaphore « sponsale » qu’incarnent ici l’Epoux et l’Epouse, la dynamique de leur rencontre, la poésie de Saint Jean de la Croix, saisit par une ressemblance inattendue qui nous renvoie au Cantique des Cantiques. Notre auteur, d’ailleurs, cite le texte célèbre pratiquement à chaque instant. Sa progression même, sur le mode poétique, s’appuie sur ce qu’il nomme « les Cantiques de Salomon ». C’est une évidence, par ailleurs, de souligner que les deux « personnes » en tous cas, Il et Elle, semblent perdre leur identité première au fil des siècles et des commentaires. Lien ou union d’amour existent parfaitement entre eux, toutefois au prix d’un changement de sens qui donne à penser. S’agit-il toujours de déchiffrer le long périple existentiel de l’homme et de la femme ?
Pour ma part, en déchiffrant ce lien subtil, j’ai simplement eu le désir de partager les interprétations, les interrogations et même les intuitions qu’ils suscitaient en moi.
Avant propos A.R.
Texte complet de la conférence (18 pages) – à lire et à écouter ou à télécharger
-
L’intelligence artificielle, petite fille de Dieu?

Image générée par I.A. Bientôt deux ans après le lancement public du chatbot d’OpenAI (ChatGPT) — coup de maître pour une petite entreprise de la Silicon Valley — les media sont littéralement submergés par l’intelligence artificielle, et ce tsunami nous plonge dans la sidération.
Image de notre intelligence, elle-même à l’image de Dieu, l’I.A. fait l’objet de cette conférence, qui s’est inspirée d’une formule célèbre de Dante.
Retrouvez cette conférence de B. Rousseau dans la rubrique Contributions.
A. R.

B. Rousseau
-
Saint Jean de La Croix
La poésie du Royaume

Saint Jean de la Croix attire aujourd’hui les lecteurs pour deux raisons essentielles : depuis la fin du XIXe siècle, il présente aux psychologues rationalistes une énigme irritante. D’où viennent, interrogent-ils ces connaissances intérieures données à l’âme, indépendamment des sens ou du raisonnement ? Et si l’on invoque le terme de « mystique », ne plonge-t-on pas dans les méandres de la psychopathologie, voire de la psychiatrie ?
A ce jour, le terme de mystique est tellement galvaudé, incompris, qu’il est peu à peu abandonné. La curiosité se déplacera du côté de Sainte Thérèse d’Avila… comme d’ailleurs le souhaitait Jean de la Croix lui-même, « son petit Sénèque », petit par la taille mais très grand aux yeux de Dieu.
Saint Jean de la Croix est un saint peu connu, du moins en France, en dehors de quelques Centres d’Etudes qui lui sont consacrés, et bien sûr du Carmel dont il est une des trois grandes figures, avec Sainte Thérèse d’Avila et la petite Thérèse de Lisieux. Il n’a pas l’aura de la première qu’il connut pendant de longues années dans divers monastères espagnols. La « grande Thérèse » était douée d’une personnalité vive, accessible, entraînante. On lui doit de nombreux ouvrages autobiographiques relativement faciles à lire. On ne saurait non plus le comparer à Sainte Thérèse de Lisieux, « la plus grande sainte des temps modernes », universellement honorée et aimée.
On ignore en général que celle-ci se nourrit durant toutes ses premières années de noviciat justement des écrits sanjuanistes, sous forme de fragments, à défaut d’une traduction plus tardive de l’ensemble de l’œuvre.
Jean de la Croix, par contraste, resta le plus longtemps possible un religieux amoureux de solitude et de contemplation ; lorsqu’une tâche ne l’accaparait pas, il rédigeait des conseils à l’usage de ses dirigées, conseils restés comme Paroles de Lumière et d’Amour ; élaborait une théologie originale qui l’éleva au grade prestigieux de Docteur de l’Eglise ; et il portait discrètement sur lui une liasse de billets réunissant, année après année, des poèmes qui ont traversé les siècles sans prendre une ride.
Lire la suite (ou télécharger le document complet – 16 pages):
Voir aussi « Du Cantique des Cantiques au Cantique spirituel«
-
Coup d’œil sur… « La Vierge à Midi »

« La Bonne Mère » – Marseille « La Vierge à Midi »
Ce poème de Paul Claudel, contemporain de sa conversion, est un des plus beaux hommages que l’on ait adressés à la Vierge Marie.
Le 23 septembre 2023, lors de la visite du pape François à la ville de Marseille, pour des rencontres méditerranéennes, le souverain pontife, salua bien sûr la «Bonne Mère», Notre-Dame de La Garde, qui veille sur la ville, si proche du ciel. Mais la présence de Marie, figure du salut pour tous, se glisse, comme par surprise cette fois, dans la finale de l’homélie de François, et justement par ce poème de Claudel, que nous allons entendre. Comme si, dans le silence de la poésie, tous et chacun pouvaient invoquer la Vierge à midi …ou à toute heure du jour.
La Vierge à midi de Paul Claudel, dit par Madeleine Renaud La Vierge à midi – Paul Claudel

Notre Dame de Paris Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.Ne rien dire, regarder votre visage,
Laisser le cœur chanter dans son propre langage.Ne rien dire, mais seulement chanter
Parce qu’on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée
En ces espèces de couplets soudains.Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,La créature dans son honneur premier
Et dans son épanouissement final,
Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin
De sa splendeur originale.Intacte ineffablement parce que vous êtes
La Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance
Et le seul fruit.Parce que vous êtes la femme,
L’Eden de l’ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir
Les larmes accumulées,Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,
Parce qu’elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,
Parce qu’à l’heure où tout craquait, c’est alors que vous êtes intervenue,
Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,Parce qu’il est midi,
Parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,
Parce que vous êtes là pour toujours,
Simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !
-
Renouveau charismatique: témoignage pour un discernement

En 1984, le Père Tardif était mondialement connu. Il réunissait les foules au nom de Jésus, faisait revivre avec foi ces passages des Évangiles de St Luc et de St Marc qui soutendaient sa démarche.
Luc [VII,21-22]
« À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir. Puis il répondit aux envoyés : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »
Marc [VII,24-31]
« En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit : « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. »
Passages à lire en parallèle avec le texte bien plus ancien en
Isaïe 29,18 :
« En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre ; Et, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, Les yeux des aveugles verront. »
Tous les frères de la Communauté le connaissaient, ayant été bouleversés un jour ou l’autre par ces « paroles de Science », ou « de connaissance » qui semblaient effectuer d’elles-mêmes ce qu’elles annonçaient.
Ce jour-là, en l’Église de la Madeleine à Aix[1], une foule inhabituelle avait pris part à l’Eucharistie, et attendait avec une confiance mitigée, sans doute, les « paroles de Science » du Père Tardif. Ce fut, je crois, son seul passage dans cette ville.
De son ton un peu monocorde, le père annonçait les guérisons que Jésus était en train d’opérer dans l’Assemblée. Au début, quelques « alléluia », « merci Seigneur », « rentrez chez vous, témoignez que Jésus est vivant » ; plus avant, ces louanges, ces exhortations devenaient plus nombreuses et fortes.
Sourds, paralysés, cancéreux, ceux qui pouvaient se faire connaître et ceux pour qui c’était trop tôt, aucun ne dansait de joie. Il régnait dans cette église, à l’annonce de ces paroles inhabituelles comme une sorte de fascination, mais de fascination familière. Parce que ce prêtre était bon, et que toutes ces explications résonnaient comme le véritable évangile de Jésus.
Pour ma part, j’écoutais pieusement. Je ne véhiculais pas de maladie physique ; je me réjouissais vraiment de tout ce qui arrivait à mes voisins – bien sûr, ma joie aurait été plus grande et ma foi de même si j’avais pu constater, voir ce qui était annoncé. Ce n’était pas le scepticisme de St Thomas, mais enfin ! la sensibilité a ses impératifs.
Pas malade certes, physiquement. Mais intérieurement rongée par une obsession d’origine médicale qui ne me quittait jamais. J’avais 38 ans, j’étais enceinte, et un médecin m’avait largement exhortée à faire une amniocentèse, « au cas où, à votre âge, les risques étant supérieurs de porter un enfant qui…etc ». J’avais réagi assez vivement, informant mon interlocuteur que si nous avions accepté 5 enfants, ce n’était pas pour faire disparaître le 6e. Mais on est plus fragile à près de 40 ans qu’à 20 ans ; certes, j’avais « bien répondu » selon nos valeurs familiales – Mais l’inquiétude s’était installée en moi. Les trois premiers mois de grossesse étaient toujours pour moi source de ralentissement physique, intellectuel, psychique. Terrain tout à fait propice aux idées vagues, ou répétitives, ou maussades. Et là, c’était l’obsession d’avoir un enfant handicapé, obsession assortie de tout ce qui pourrait alors déstabiliser nos enfants, notre couple, un métier qu’à ce moment-là je ne pensais pas du tout abandonner.
Quelques frères très proches étaient au courant de ce que je vivais, au quotidien, sans jamais penser que je sortirais de là.
Il y eut alors une « parole de science » du Père Tardif qui ne sonna pas pour moi comme les autres.

« Il y a dans l’assemblée, des mères de famille qui sont enceintes. Le début de leur grossesse a été difficile ; elles ont eu des problèmes délicats avec leur grossesse ; elles avaient peur de perdre leur enfant. Ayez la certitude que vos enfants vont naître en santé. L’une d’elles a eu des hémorragies qui vont s’arrêter. Allez témoigner dans votre foyer de cette guérison. »
Dès ce moment, sans rien sentir du tout, je me demandais si moi aussi j’étais concernée …Et qui venait me débusquer, derrière les rangées de musiciens, en sachant que cette parole était à partager avec d’autres femmes dont je ne saurais jamais rien, et qu’elle mettrait étrangement un terme à d’obscurs phénomènes psychiques ? Un des frères que j’aimais bien est venu me dire « cela ne serait pas pour toi ? » – « je ne sais pas, peut-être ! » …Ce fut vraiment pour moi.
Bref, chez moi l’obsession disparut pour ne plus jamais revenir. Amen !
Je sus dès le lendemain que le Seigneur était passé. Pas une seconde je n’ai pensé être victime d’une suggestion ou d’un phénomène purement subjectif. Il fallait se rallier à la doctrine du Père Emiliano : Jésus aujourd’hui guérit son peuple pour faire grandir la foi en sa puissance. La guérison n’est pas pour l’individu seul, mais pour que soit manifestée la gloire de Dieu. Voilà sans doute la leçon théologique dans toute son ampleur ; mais ce qui interpelle la personne touchée, c’est ce détail (guérison d’un œil, de l’oreille, d’une paralysie), cette toute petite chose aux yeux d’un Dieu Infini, qu’Il connait dans une proximité que l’on ne saurait imaginer. Il est bien le maître de l’intériorité !
Qui est Celui à qui les flots de la mer obéissent ; Celui qui connaît notre cœur davantage que nous-mêmes, qui donne parfois des signes visibles, parfois incognito, qui se cache un temps et des temps, pour reparaître sans prévenir aux carrefours de nos vies ?
A. R.
[1] Église La Madeleine – Aix-en-Provence 27-09-84 « L’Évangile est vrai »
Histoire des guérisons miraculeuses du Père Emilien Tardif Lire aussi… Coup d’œil sur le Renouveau charismatique

Annick R.
Mariée, 6 enfants. Agrégée de philosophie. Professeur de psycho-pédagogie dans le cadre de la formation des maîtres, et d’histoire de la philosophie au séminaire de la Castille à Toulon et à l’abbaye de Ganagobie. Entre famille et amis, cultive son jardin que l’on peut parcourir librement en visitant ce blog.









